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Jean Salem ,
Professeur de Philosophie à l'Université de Paris I - Sorbonne


Épicure, Lettres
Nathan, coll. Les Intégrales de Philo, 2e édition, 1998

Extraits : Préface - Glossaire - Concepts clés


Préface

Marcel Conche,
Professeur à l'Université de Paris I - Sorbonne


La décadence de la Cité grecque comme Etat indépendant étant, de son temps, consommée, Epicure ne philosophe plus, comme Platon ou Aristote, pour le citoyen ayant part au pouvoir politique, mais pour l'individu réduit à lui-même, et qui, au-delà même du désespoir politique, se résigne à ne plus se soucier que d'être heureux.

Mais être heureux est tout un art, et ce qu'Epicure entend apporter à l'homme, c'est la méthode du bonheur. La Lettre à Ménécée est, de ce point de vue, un traité de la méthode.

À quoi tient l'absence de bonheur ? Qu'est-ce qui rompt l'équilibre de l'âme et empêche la sérénité ? Rien d'autre que la crainte, l'insatisfaction et la douleur: crainte des dieux, de ce qui vient après la mort, désirs que rien ne comble, douleurs physiques. Or il est possible de supprimer la crainte des dieux par la connaissance de ce que sont les dieux, de supprimer la crainte de la mort par la connaissance de l'âme et de ce qu'elle devient après la mort, enfin de faire rentrer les désirs dans leurs limites naturelles (où ils sont aisés à satisfaire) par la connaissance de notre nature et de l'organisme humain. Reste, il est vrai, la douleur: nous allons y revenir.

On le voit : le bonheur a sa condition dans la connaissance – connaissance des dieux, connaissance de l'homme. Or l'homme est au monde. La connaissance de l'homme suppose la connaissance du monde, entendant par ce mot (cosmos) l'ensemble de ce qui est visible à l'œil nu (y compris, donc, les étoiles) La méthode du savoir est simple: construire un modèle d'univers de la réalité dans son ensemble, (to pan), dans lequel on puisse mettre un détail permettant de rendre compte du détail de ce que l'on voit.

Seul le système atomistique convient. D'abord l'atome, contrairement aux Idées de Platon, étant corporel, est homogène à ce qu'il s'agit d'expliquer, qui est sensible et corporel. De plus, contrairement à un « principe divin », il est susceptible d'être pluralisé: on peut imaginer des atomes de formes et de grandeurs différentes séparés par du vide. Cela étant, comment concevoir l'univers et ses constituants, atomes et vide ? On procédera par une méthode empirico-rationnelle: on fera une hypothèse, par exemple que l'atome est solide et éternel, puis on montrera qu'en niant l'hypothèse, on aboutit à des conséquences démenties par l'expérience – par l'évidence (enargeia) sensible qui est « la base et le fondement de tout ». L'hypothèse sera ainsi établie par infirmation de l'hypothèse contradictoire.

Il est vrai que, s'agissant des phénomènes intra-mondains, cette méthode de l'explication unique ne s'applique pas toujours: le mouvement apparent des corps célestes, la lumière de la lune, les phases de la lune, les éclipses, les phénomènes météorologiques, les tremblements de terre, etc., peuvent s'expliquer de plusieurs façons sans qu'il y ait lieu de choisir entre elles, dès lors qu'elles sont également non mythiques. Du reste, comme tout ce qui est possible est réalisé dans l'immense univers, toutes les causes possibles ont leur emploi quelque part.

De la connaissance du monde résulte la connaissance des dieux et de l'homme. Le monde, qui s'est formé par le jeu du hasard et de la nécessité à partir d'un amas acosmique, est périssable. Les dieux, étant immortels, sont donc extra-mondains. Ne pouvant, puisqu'ils ne sont que des agrégats d'atomes, intervenir dans les affaires du monde, ils ne sont pas à craindre. L'âme est corporelle; elle est composée d'atomes qui se dispersent à la mort, de sorte que la sensibilité n'est plus possible. La mort signifie l'absence de sensibilité: il n'y a donc rien à craindre en elle. La théorie de l'organisme, enfin, nous montre que les désirs naturels (faim, désir sexuel, etc. ), correspondent au manque ou à l'excès d'un nombre fini d'atomes et sont donc aisés à satisfaire. La nature ne réclame pas les apprêts de la cuisine: un peu de pain, un peu d'eau, un bout de fromage, et la faim est apaisée. Ainsi la connaissance nous délivre des craintes vaines et des faux désirs et nous apporte le salut. Reste la douleur physique. Mais le sage peut la « contre-battre » par la joie, celle surtout que donne le souvenir des moments heureux; quant à celui qui ne le peut, il lui est permis de quitter volontairement la vie et de choisir ainsi la non-souffrance.

Mais la sagesse est-elle possible ? Qu'elle le soit, cela est prouvé par l'existence même d'Epicure, en qui les Epicuriens ne doutèrent jamais d'avoir eu affaire à un sage en chair et en os.

En présentant un tour d'horizon très complet des thèmes de réflexion du maître du Jardin, l'ouvrage de Jean Salem constitue une excellente mise au point sur l'ensemble de ces questions.

Marcel CONCHE
Professeur à l'Université de Paris-I (Panthéon-Sorbonne)


Autres extraits de l'ouvrage :


Glossaire - Concepts clés


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